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La peinture de Cyril Leysin

Mes recherches picturales

PRESENTATION DE MA DEMARCHE ARTISTIQUE


 

Démarche artistique personnelle :

Mon propos se situe dans une recherche picturale sur l’humain, dans sa dimension spirituelle et corporelle. Le corps, réceptacle de l’âme, est le lieu où se jouent le dedans et le dehors. La peau cache les entrailles, les muscles, et laisse entrevoir les dessous : os, veines et chair par transparence. Peau et peinture sont des surfaces privilégiées de simulacres, véridiques et trompeurs. Tantôt la peinture montre en faisant signe vers la figure, tantôt elle se montre dans sa pure matérialité. La peinture est le lieu d’un travail de la matière qui est d’abord informelle et à laquelle je donne une configuration au cours de la « mise au jour » de l’œuvre. Après un travail de croquis et de dessins, vient la mise en place sur le support final. Je laisse advenir ce qui est, en me laissant guider par la peinture qui trouve naturellement sa place, dessinant progressivement la figure. Une partie du processus de création échappe à la maîtrise intellectuelle, pour tendre vers un lâcher prise. Je découvre, pour ainsi dire, la figure qui advient comme une révélation de l’Être.

 

                                                                                        Cyril Leysin 

 

   

 

Entre combat cérébral et jeu carnavalesque  par Denys-Louis Colaux

Ce n’est pas un hasard si, dans l’œuvre de cet artiste étonnant (artiste peintre plasticien et professeur d’arts plastiques) je trouve trace de cette catégorie particulière de la nature morte qu’on appelle « vanité ». La vanité, très prisée chez les baroques (vanité des vanités, tout est vanité, lit-on dans l’Ecclésiaste) a pour objet, en exhibant l’os résiduel, de rappeler la précarité, voire la futilité de l’existence humaine. Une longue et lancinante (et passionnante) interrogation sur l’humanité attise l’œuvre de Leysin. Autour de ce thème central d’un questionnement sur « l’état d’homme », Leysin dresse une sorte de formidable plaidoyer pictural à charge et à décharge, il représente la violence et l’horreur (des images de la Shoah), la violence ritualisée (la boxe ou le sumo), la violence des combats d’animaux (les hommes dressant les animaux les uns contre les autres), il représente également les beautés du corps humain (danse, nudité) et les vanités (l’homme promis à devenir ossement). Le jeu est sans cesse relancé. Quittant la matérialité précise et définitive de l’os humain, l’artiste entre en abstraction et en poésie,  il représente  en de grands mouvements colorés, riches et denses, aériens et aérés, une grande nébuleuse rouge, un arbre de lumière, un paysage nébuleux. Leysin est dans l’écartèlement mais plutôt que de subir ces tractions, il en fait le tumultueux et envoûtant territoire de son œuvre. C’est un remarquable artiste du carnavalesque, quelqu’un qui nous rappelle que l’homme est beau et médiocre, grand et négligeable, transcendant et crotté de boue, poétique et ordurier, fondamentalement ambivalent. De même l’homme vu par Leysin est-il tout à la fois aspiré par un vœu sacré et capable de bafouer le sacré. La souriante animalité peut endosser les oripeaux grotesques de la hiérarchie spirituelle. De même le Christ mis en croix se révèle-t-il biodégradable, humain, ramené, en fin de parcours, en bout de crucifixion, à l’os du squelette. De même les clowns de Leysin nous saisissent et nous éblouissent par une formidable attitude de dignité et de noblesse. Ce tableau est une merveille. Beauté du comique. Leysin est d’une grande habileté intellectuelle. Dans cette geste carnavalesque qu’il mène avec une agilité extrême, il réussit l’alliance du comique et de la noblesse. La peinture de Leysin peut aussi, en écho à certaines de ses aspirations poétiques, se montrer d’une grande violence. Sa série de Christs en croix et en décomposition l’atteste.

Leysin nous parle aussi de son désir d’intégrer le geste accidentel, l’événement malencontreux dans son œuvre (la tache, la coulée, etc.). Certes. Et cette volonté s’inscrit parfaitement dans l’univers carnavalesque où l’on peut à la fois quêter ardemment l’art et lui conjoindre la maladresse.

Par ailleurs, les cinq autoportraits que signe Leysin me conforte dans l’idée du carnavalesque. Cette série de 5 œuvres me plaît énormément et ces autoportraits surprennent par leur mobilité, leur étonnante diversité, la violence parfois de leurs couleurs, la fuite (la fonte, la dissolution) des traits ou les procédés de mise en abîme pour les tableaux 3 et 5. Le portrait lui aussi est carnavalesque : indécis, vrai et caricatural, fluctuant, multiplié, plié. Leysin place sa représentation de soi-même dans la perspective de son art. Il joue le jeu. Il s’inscrit lui-même dans cet étau où le grotesque et le sérieux s’empoignent, ou, au demeurant, s’enlacent.

J’aime aussi chez cet artiste évidemment intellectuel cette épatante volonté d’en découdre, dans un grand jeu vital et physique, d’en venir aux mains avec ses idées. De passer sa pensée au crible de ses mains pour composer un art audacieux, un art puissant, inquiétant, cérébral. Un art costaud, libertaire, iconoclaste et intelligent.